Chronologies
La période d'invasion (1885-1950) : partage du continent et résistances
Après la conférence de Berlin, les puissances européennes se partagent l'Afrique ; partout, des résistances armées puis politiques s'organisent.
AFRIQUE DEBOUT : LE COMBAT DES HÉROS POUR LA SOUVERAINETÉ
La conférence de Berlin (1884-1885) marque un tournant majeur dans l’histoire du continent africain. Les représentants des États européens y définissent les règles du partage territorial de l’Afrique, accélérant les conquêtes et la mise sous domination d’une grande partie du continent. À la veille de la Première Guerre mondiale, seules l’Éthiopie et le Liberia conservent leur indépendance politique. Pourtant, les peuples africains ne renoncent jamais pleinement à leur souveraineté, à leur liberté et à la défense de leurs territoires.
Des héros africains au cœur du combat pour la souveraineté
Face aux conquêtes étrangères, des souverains, des chefs militaires et des figures emblématiques se dressent pour défendre leurs peuples, leurs terres et leur liberté.
En Afrique de l’Ouest, Samory Touré, fondateur d’un puissant État, organise une résistance militaire et politique face à l’expansion française jusqu’à sa capture en 1898. En Éthiopie, l’empereur Ménélik II conduit son armée à la victoire contre les forces italiennes à Adoua, le 1ᵉʳ mars 1896, affirmant avec éclat le droit des Africains à décider de leur propre destin.
En 1900, Yaa Asantewaa, reine mère des Ashanti, prend la tête du combat contre les Britanniques pour défendre l’indépendance et les institutions de son peuple. D’autres figures, telles que Behanzin du Dahomey et Nana Olomu du peuple Itsekiri, incarnent également la défense de la souveraineté africaine face à l’expansion territoriale européenne.
Ces héros africains ne défendent pas seulement des territoires : ils portent des visions politiques, des traditions de gouvernement et une volonté d’autodétermination.
Conquête, exploitation et violences
L’expansion territoriale étrangère s’accompagne de confiscations de terres, de l’imposition de nouveaux systèmes administratifs, du travail forcé, de la fiscalité coercitive et de l’exploitation des ressources naturelles africaines.
Les violences atteignent des niveaux extrêmes lors du génocide des Herero et des Nama, commis par les forces allemandes entre 1904 et 1908 dans l’actuelle Namibie. En Afrique orientale allemande, la révolte Maji Maji (1905-1907) témoigne également du refus des populations africaines de subir les politiques d’exploitation et de domination imposées par l'administration allemande.
Ces événements rappellent que la conquête de l’Afrique ne fut ni pacifique ni unanimement acceptée. Elle s’est heurtée à des peuples attachés à leurs terres, à leurs institutions, à leurs traditions et à leur liberté.
Les Africains dans les guerres mondiales : sacrifices et revendications
Durant les deux guerres mondiales, des centaines de milliers d’Africains sont mobilisés dans les armées, notamment comme tirailleurs et travailleurs. Ils contribuent aux efforts militaires des États qui les mobilisent, souvent dans des conditions difficiles, alors même que leurs propres peuples demeurent privés de pleine souveraineté.
Leur engagement, leurs sacrifices et les expériences acquises pendant ces conflits alimentent progressivement les revendications d’égalité, de dignité, de droits politiques et d’autodétermination.
Du combat des héros africains au panafricanisme
La lutte pour la souveraineté se poursuit sur les terrains intellectuel, politique et diplomatique. Des intellectuels, des militants et des leaders africains et afro-descendants renforcent les idées de solidarité continentale et d’émancipation face à la domination étrangère.
En 1945, le congrès panafricain de Manchester, auquel participent notamment Kwame Nkrumah et Jomo Kenyatta, réclame l’émancipation des peuples africains et accélère la dynamique en faveur des indépendances.
Les combats des générations précédentes trouvent ainsi un prolongement dans les mouvements nationalistes, les mobilisations populaires et les projets d’unité africaine. La souveraineté ne se limite plus à défendre un royaume ou un territoire : elle devient un objectif politique partagé à l’échelle du continent.
Repères historiques
- 1884-1885 : conférence de Berlin et accélération du partage territorial de l’Afrique entre États européens.
- 1896 : victoire de l’Éthiopie de Ménélik II à Adoua face à l’armée italienne.
- 1898 : capture de Samory Touré après des années de combat contre l'expansion française.
- 1900 : Yaa Asantewaa conduit le combat ashanti contre les Britanniques.
- 1904-1908 : génocide des Herero et des Nama dans l’actuelle Namibie, commis par les forces allemandes.
- 1905-1907 : révolte Maji Maji contre la domination allemande en Afrique orientale.
- 1945 : congrès panafricain de Manchester et affirmation des revendications d’indépendance.
À retenir : la souveraineté africaine, un combat historique
L’histoire de cette période ne se résume pas aux conquêtes et à la domination étrangère. Elle est aussi celle des héros africains, des peuples et des sociétés qui ont défendu leur souveraineté, leur dignité et leur droit à l’autodétermination.
De Samory Touré à Ménélik II, de Yaa Asantewaa aux mouvements panafricains, les luttes africaines témoignent d’une volonté persistante de rester maîtres de leur destin.
La souveraineté africaine n’est pas une aspiration née au moment des indépendances : elle s’inscrit dans une longue histoire de courage, de résistance, de dignité et de volonté de liberté. Elle demeure un enjeu essentiel pour l’avenir du continent, sa maîtrise de ses ressources, son indépendance économique, sa capacité d’innovation et la construction d’un développement décidé par les Africains eux-mêmes.